I Seminário Internacional sobre Preservação da Arte Rupestre nos Sítios do Patrimônio Mundial

Parque Nacional Serra da Capivara - 22 a 25 de abril de 2004.

 

SAUVEGARDE ET CONSERVATION DES PEINTURES RUPESTRES DU PARC NATIONAL SERRA DA CAPIVARA

Maria Conceição Soares Meneses Lage (1)

Niède Guidon (2)

Jóina Freitas Borges (3)

L’Article 4 de la Charte sur la Restauration, document élaboré en Italie en 1972 et qui établit les bases de l’éthique des interventions dans le monde entier, établit une différence entre sauvegarde et restauration :

On entend par sauvegarde toute modalité de conservation qui n’implique pas une intervention directe sur l’oeuvre; on entend par restauration toute intervention destinée à maintenir en fonctionnement, à faciliter la lecture et à transmettre intégralement à l’avenir les oeuvres et les objets définis aux articles précédents (4) .

Dans ce même document, l’Article 7 considère que :

... la presentation du patrimoine archéologique au grand public est un moyen de lui permettre d’accéder à la connaissance des origines et du développement des sociétés modernes. En même temps, cela constitue la manière la plus importante de le faire comprendre la nécessité de protèger ce patrimoine.

Plus récemment, la Charte de Burra de 1980, déclare dans son Article 8 :

La conservation d’un bien demande que l’on maintienne un contexte visuel approprié, au niveau des formes, de l’échelle, des couleurs, de la texture, des matériaux etc. On ne permettra pas de nouvelles constructions, ni de démolitions ou de changements susceptibles d’entraîner des dommages au contexte. L’introduction d’éléments étrangers au contexte, susceptibles de nuire l’appréciation ou la jouissance du bien doit être interdite.

Sauvegarder le patrimoine culturel, et le présenter à la fois au public, devient parfois un grand paradoxe. On doit créer des conditions de visite et, à la fois, de protection du site, en tenant compte de l’impact provoqué par le public. L’installation de passerelles pour les visites est réalisée de façon à employer un minimum de fondations et assurer un maximum de sécurité aux visiteurs. Elles empêchent le public de toucher le mur rocheux, mais facilitent à la fois la lecture des registres rupestres, car elles se trouvent à la hauteur idéale pour les visualiser, en permettant un bon angle de photographie et de tournage. La structure en fer et /ou en bois est également réalisée avec la préoccupation de maintenir une harmonie esthétique entre la passerelle et les sites. Les sentiers conducteurs d’accès aux sites serpentent parmi la caatinga du parc, en évitant d’éliminer de la végétation. Des pancartes explicatives conduisent le visiteur et nomment les espèces de la flore locale. Les pancartes d’identification des sites sont placées loin de la zone de peintures, pour informer le touriste sans interférer dans la lecture du monument.

 

VISITE AUX SITES D’ART RUPESTRE ET PROBLEMES DE CONSERVATION

Malgré les soins apportés aux visites, les abris du PARNA Serra da Capivara, présentent des problèmes de conservation d’origine naturelle. A commencer par la constitution de la roche – support des peintures, une arènite très friable, cimentée, ayant une matrice feldspathique qui se dégrade facilement. En outre, des milliards d’années auparavant, la région était le fond de la mer, et aujourd’hui, l’intérieur de la roche présente une grande quantité de sels divers (des nitrites, des nitrates, des sulfates,...) et des oxydes d’aluminium, du calcium, ... Par un processus naturel, le ciment rocheux est atteint soit par l’action de micro-organismes, soit par l’eau pluviale qui, lorsqu’elle tombe, surtout lors des crues, s’infiltre dans les interstices ou s’écoule sur la surface peinte, en dissolvant les sels solubles ou simplement en entraînant les sels insolubles. A la suite de l’évaporation, les sels sont déposés dans la surface rocheuse ou à l’intérieur de la roche, provoquant le processus de délitage et la destruction conséquente des panneaux préhistoriques.

Un autre agent important de l’accélération de la dégradation des sites d’art rupestre est l’incidence solaire directe sur les murs peints. Cela entraîne une surchauffe de la roche (avec une amplitude thermique d’environ 30ºC en certains cas), due à l’évaporation de l’eau interstitielle, et donnant lieu aux chocs thermiques entre la température de la roche et celle de l’air, surtout le soir, à certains mois de l’année, lorsqu’elle peut arriver à 12ºC.

Ces agents sont les principaux responsables de l’ouverture des fentes, verticales ou horizontales, dont la profondeur est variable, et qui, avec le passage du temps, ont la tendance d’augmenter, puisqu’elles sont habituellement occupées par des plantes grimpantes, des insectes ou de petits animaux qui les utilisent comme des nids ou des abris.

 

INTERVENTIONS DE CONSERVATION

Selon l’Article 1 de la Charte de Burra - 1980,

- le terme conservation désignera les soins qui seront dispensés à un bien pour maintenir ses caractéristiques présentant une valeur culturelle. Selon les circonstances, la conservation impliquera ou non la préservation ou la resaturation, outre l’entretien; elle pourra aussi comprendre des travaux minimums de reconstruction ou d’adaptation répondant aux besoins et aux exigences pratiques.
- le terme entretien désignera la protection continue de la matière, du contenu et du contexte d’un bien et ne doit pas être confondu avec le terme réparation. La réparation implique la restauration et la reconstruction, et c’est ainsi qu’elle sera considérée.
- la préservation consistera à maintenir la matière d’un bien en l’état et à freiner le processus causant sa dégradation.

- la restauration consistera à ramener la matière d’un bien à un état antérieur connu.

Les interventions de conservation réalisées dans la zone du PARNA Serra da Capivara depuis 1991 obéissent rigoureusement aux normes établies par les Chartes Internationales susmentionnées (Vénice, Burra, etc.), ayant comme but principal le ralentissement du processus de dégradation des sites contenant des peintures préhistoriques.

Pour commencer les interventions mentionnées, la FUMDHAM/UFPI a réalisé trois cours de formation de techniciens auxiliaires en conservation, avec un volume horaire de 150 heures, réparties en cours théoriques et cours pratiques sur le terrain. La partie pratique et la partie théorique ont été réalisées dans le cadre du Parc National Serra da Capivara.

Depuis 1996, les travaux sur le terrain sont réalisés intégralement par les équipes préparées lors de ces cours de formation, et elles s’occupent systématiquement du nettoyage des sites, de l’installation de gouttières pour détourner l’eau pluviale, de la consolidation des plaques ayant des peintures et de recouvrir les grafittis récents.

Le travail de laboratoire est réalisé par des chercheurs et des étudiants du NAP et du Département de Chimie de l’UFPI et du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques – France. Cela comprend surtout des examens et des analyses chimiques nécessaires pour guider les travaux de conservation (étude des dépôts de modification des pigments préhistoriques et du support rocheux).

Ceux qui travaillent sur le terrain et/ou en laboratoire sont supervisés par l’un des auteurs de ce texte 1 et comptent sur la participation des étudiants, des boursiers de l’I.C. ou du D.E.A. en Chimie de l’UFPI et aussi par des étudiants en D.E.A / Doctorat en Archéologie de l’UFPE.

Selon l’Article 4 de la Charte de Burra, qui décide de l’adoption des techniques traditionnelles avant d’utiliser des techniques modernes, la technique de nettoyage utilisée est prioritairement la mécanique, avec l’aide d’outils chirurgicaux dentaires (des bouchardes, bistouris, spatules, pinceaux et brosses). Dans certains cas, il faut employer des solutions dilluées de produits déjà testés et approuvés précédemment.

Lorsque le support rocheux présente une ménace délitage, des interventions de consolidation sont réalisées. En employant des sédiments de la propre roche, un mortier a été créé, pour donner une apparence harmonique, sans toutefois fausser l’intervention.

Il faut noter que pour se conformer aux Chartes Internationales, les travaux réalisés à PARNA Serra da Capivara sont toujours associés à un but social, en associant intensivement la communauté locale aux programmes et aux actions développées par le parc. Par exemple, l’équipe de techniciens en conservation est intégralement formée par des jeunes originaires des municipalités voisines, qui présenteront dans le cadre de cette rencontre les travaux qu’ils ont réalisés sur les sites.

 

CONSIDERATIONS FINALES

Malgré les travaux intensifs réalisés dans le Parc National Serra da Capivara et l’importance croissante accordée aux recherches et à leurs résultats au niveau international, il existe encore de nombreux problèmes administratifs et financiers à affronter. L’un des plus importants est l’absence de budget destiné à la conservation des peintures, au paiement des techniciens qui aident à conserver le sites à l’abri des fréquentes ménaces de déprédation ; ou alors en ce qui concerne la pérennité du parc, il faut prévoir de meilleures conditions d’accès au parc, les mauvaises conditions des routes arrivant aux municipalités limitrophes, et l’absence d’un aéroport ayant donné lieu à un flux touristique inférieur à celui que le parc méritait.

Il faut également souligner l’interdépendance entre la conservation du patrimoine culturel et la préservation naturelle. Les agressions du patrimoine naturel atteignent directement les sites archéologiques. Si il y a un manque de contrôle sur les prédateurs des termites (tels les tamanduas et tatous), il y aura par conséquent une plus grande incidence de ceux-ci sur le mur rocheux; si il existe des brûlages dans les régions limitrophes du PARNA, le feu et la fumée pourront atteindre le mur rocheux comportant des peintures, provoquer sa surchauffe et accélérer le processus de fissure; si un débroussaillage a lieu aux alentours des sites, il y aura un déséquilibre dans le micro-environnement du site, qui modifiera des facteurs importants pour l´équilibre des sites (l’évapotranspiration, le drainage de l’eau pluviale etc.), ce qui atteindra, par conséquent, les peintures. Quelques exemples peuvent être observés à la Toca da Entrada do Pajaú.

L’eau se révèle être une grande ennemie des sites d’art rupestre, elle peut provoquer des taches d’écoulement aux murs peints, des taches d’humidité en raison de l’action de micro-organismes, des taches provoquées par les sels de la propre roche affluant de la surface rocheuse. Le BPF, par exemple, présente les trois problèmes mentionnés sur plusieurs sites ; cependant, dans ces cas l’intervention requiert des travaux bien plus complexes et longs, comprenant la participation d’une équipe interdisciplinaire pour élaborer un diagnostic exhaustif et des interventions structurales qui considéreront le massif rocheux comme un tout et non seulement la partie abritée comportant des peintures.

On observe que ce n’est qu’à travers d’autres études, et grâce à un investissement considérable, que l’on pourra ralentir ces problèmes, ou du moins les atténuer. Une étude récente, réalisée de manière interdisciplinaire, a proposé pour le site du PARNA, la Toca da Entrada do Pajaú, un projet audacieux ayant comme but la protection de tout le bloc rocheux (Lage et al., 2002) ; cependant, sur des sites comme le BPF, où le bloc rocheux est immense, un tel projet est impossible.

D’une certaine manière, la roche a une vie, elle est née un jour, il y a des milliards d’années, et dès lors se détériore, devient poudre, devient un sédiment. Combien de tonnes des sédiments se trouvent aujourd’hui déposées sur le sol des abris ? Combien le mur rocheux, le support des peintures, a-t-il déjà perdu et quelle quantité est déjà morte?

Empêcher totalement le processus de détéroriation n’est pas encore réalisable à l’époque actuelle, mais le ralentir s’avère possible. Par l’intermédiaire de plusieurs autres études, et la détermination de professionnels pouvant aider dans le monde entier, les peintures rupestres brésiliennes pourront survivre pour encore des milliards d’années...

 

Bibliographie

ARAÚJO, Adauto J.G. et alli. Parque Nacional Serra da Capivara. São Raimundo Nonato: FUMDHAM, 1998.

BRANDI, Cesare. Teoria del restauro. Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, 1963. p-1-40.

BRUNET, J., VIDAL, P. & Vouvé, J. Conservation de l’art rupestre – deux études, glossaire illustré. Unesco, Études et documents sur le patrimoine culturel, nº 7, s/d.

FEJÉRDY, Tamás. Authenticité dans la restauration des monuments historiques. Conférence de Nara sur l’authenticité dans le cadre de la Convetion du Patrimoine Mondial. Nara – Japon, 1-6 Novembre, 1994. UNESCO, 1995. p. 211-216.

FIGUEIREDO, Diva M. Freire. Teorias modernas da preservação. O monumento habitado: a preservação de sítios históricos na visão dos habitantes e dos arquitetos especialistas em patrimônio – O caso de Parnaíba. Recife : UFPE, 2001. Capítulo 1. [tese de mestrado]

GUIDON, Nìede. Contribuição ao estudo da paleogeografia da área do Parque Nacional Serra da Capivara. Clio, Recife, V. I, nº 15, 2002.

LAGE, Maria Conceição Soares Meneses. Análise química de pigmentos de arte rupestre do sudeste do Piauí. Revista de Geologia. V. 9. p. 83-96, 1996.

LAGE, et alli. Intervention de conservation sur un site : La Toca da Entrada do Pajaú, Parc National de la Serra da Capivara, Piauí. Primeirs résultats. L’art avant l’histoire, la conservations de l’art préhistorique. 10 es journées d’études de la section française de l’Institut International de Conservation, Paris, 23-24 may, 2002.

MARTIN, Gabriela. Pré-história do Nordeste do Brasil. Recife: Ed. Universitária da UFPE, 1996.

PAPI, Andréa. Elementos artísticos: Problemas de metodologia e ética na restauração. Anais do Seminário Internacional Prevenção: a Ética das Intervenções. Instituto Estadual do Patrimônio Histórico e Artístico – MG, 8 páginas digitadas, s/d.

PESSIS, Anne-Marie. Pré-história da região do Parque Nacional Serra da Capivara. TENÓRIO, Maria Cristina (org.). Pré-história da terra brasilis. Rio de Janeiro : UFRJ, 1999. p. 61-72.

PRICE, Nicholas P. Stanley. Patrimônio natural e arqueológico: ética da intervenção para a conservação do patrimônio arqueológico e natural. Anais do Seminário Internacional Prevenção: a Ética das Intervenções. Instituto Estadual do Patrimônio Histórico e Artístico – MG, 7 páginas digitadas, s/d

PUCCIONI, Sílvia. Restauração estrutural de edifícios de valor cultural. 2 páginas digitadas, s/d.

RIEGL, Alois. Les valeurs monumentales et leur évolution historique. Le culte moderne des monuments : son essence et sa genèse. Paris : Seuil, 1984 [1903], p. 35-62.[tradução]

(1) Professeur UFPI/Chercheuse FUMDHAM/CNPq

(2) Professeur UFPE/Chercheuse FUMDHAM/CNPq

(3) Spécialiste NAP/UFPI

(4) Dans ce cas, l’Article 1 nous intéresse : « Toutes les oeuvres d’art d’une époque quelconque, dans une acception plus large, y compris les monuments architectoniques, la peinture et la sculpture, même fragmentés, et depuis la période paléolithique aux expressions figuratives des cultures populaires et de l’art contemporain, appartenant à n’importe quelle personne ou institution, dans le but de les sauvegarder et restaurarer, font l’objet des présentes instructions, qui adoptent le nom de Charte sur la Restauration 1972 ». Charte sur la Restauration – 1972. [Mis en italique par nous].

 

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